Drôle, émouvant, magnifique, doux et dur à la fois, sensuel, puissant et bourré d’Instinct. Une preuve encore que la nature est fascinante. Pour couronner le tout, une musique fabuleuse d’Emilie Simon qui se marie superbement aux images.
Merci à C. de m’avoir fait redécouvrir ce texte magnifique !
» Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas ( c’était une joie faite pour un autre ), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers. »
Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, Rainer Maria Rilke – Musique : Benjamin Biolay – B.O. du film Clara et moi.
Mon spectre de BD quand j’étais jeune était très restreint. Grâce à certains amis, je l’ai élargi & enrichi ces dernières années. Et voilà comment les » Combat ordinaire » de Manu Larcenet sont entrés dans ma vie.
Le 4è tome, » Planter des clous « , est sorti vendredi dernier et je ne m’en lasse pas. En fait, j’adore ! J’oscille toujours entre le rire & l’émotion quand j’y suis plongée.
Déjà, j’aime ce que m’évoque le titre : « le combat ordinaire » et les messages qu’il fait passer dans les 4 tomes.
J’aime aussi les personnages (Emilie et la maman ont ma préférence dans le 4è), la manière qu’a l’auteur de « croquer » des petites mimiques qui me font éclater de rire (cf page 35 du 4è tome par exemple). Plus généralement, je lui trouve beaucoup d’humour et un grand talent à rendre graphiquement une époque, des émotions.