‘La part de l’autre’
Rien à ajouter à cet extrait…
- « Une vie, ça ne se fait pas tout seul, continua Heinrich. Ce n’est pas vous qui vous la donnez. Ce n’est pas vous qui choisissez vos dons. Vous pouvez croire que vous êtes bon pour la musique mais la peinture vous préfère et ce sont les autres qui vous apprennent votre vérité. « Non, tu ne composes pas bien. Oui, tu dessines très bien. » Le monde vous reconnaît, vous diagnostique, vous oriente.
- Peut-être, fit Adolf en réfléchissant.
- Sûrement ! Et vous, ce que vous n’acceptez plus dans votre vie depuis l’âge de quarante ans, c’est la part de l’autre !
- Ne soyez pas si cassant, Heinrich. Au contraire, depuis l’âge de quarante ans, je donne plus de place aux autres. J’ai fait des enfants, je les aime. Je m’occupe de mes élèves.
- Et alors ? c’est « ou bien…ou bien » ? Ou bien, je peins, ou bien, je vis L’un exclut-il l’autre ?
- Non, hésita Adolf, je ne dis pas cela.
- Si. A quarante ans, vous décidez de faire des enfants et vous décidez de ne plus peindre. En fait, ce que vous désirez, c’est décider. Maîtriser votre vie. La dominer. Fût-ce en étouffant ce qui s’agite en vous et qui vous échappe. Peut-être ce qu’il y a de plus précieux. Voilà, vous avez supprimé la part de l’autre en vous comme à l’extérieur de vous. Et tout ça pour contrôler. Mais contrôler quoi ?
- Heinrich, de quel droit me parlez vous comme cela ?
Adolf avait crié, preuve que le coup l’avait atteint.
- Le droit de quelqu’un qui vous admire. Ou plutôt non. Quelqu’un qui admire son professeur mais qui admire encore plus un peintre de trente ans qui signait Adolf H.
Adolf se sentit bizarrement ému. Il avait l’impression que Onze -heure-trente allait revenir en courant et lui sauter au cou.
Heinrich tourna les talons en concluant :
- J’en veux à mon professeur d’avoir tué le peintre. »
Eric-Emmanuel Schmitt, ‘La part de l’autre’

janvier 26th, 2008 at 13:23
« Pour celui ou celle qui aspire à devenir bodhisattva, l’essentiel est de pratiquer la « maitri » ou bienveillance. (…) Il est facile de s’identifier aux bébés : ils ne voient rien, ils sont à vif et ont désesperemment besoin d’attention. Nous sommes un mélange poignant de quelque chose qui est loin d’être magnifique mais qui est pourtant aimé tendrement. Que cela soit l’attitude qu’on adopte envers soi-même ou envers autrui, ça reste la clé pour apprendre à aimer. (…) Sans bonté envers soi-même, il est difficile, voire impossible, d’en éprouver vraiment pour autrui. »
Pema Chödrön – Bien être et incertitude, Cent huit enseignements
avril 10th, 2008 at 20:56
TB ton blog.Un travail de pro.
L’extrait de « la part de l’autre »est une critique bien menée sur la « non-éducation « ( étymologiquement: éduquer: conduire hors de; par exemple conduire hors de soi pour trouver l’inattendu, le reve, la poésie!)
A+
Claude