Lire à Villeurbanne

Depuis que je foule les trottoirs villeurbannais, je ne leur connaissais qu’une seule librairie, LA librairie à Gratte Ciel.

Et puis est apparue une petite nouvelle : Lettres à croquer, cours Emile Zola. Librairie en duplex, l’étage supérieur abritant notamment les ateliers/animations proposé(e)s par la boutique.
Deux femmes qui connaissent les livres, en parlent avec passion, les ont lus ! Très disponibles, on peut aussi parler illustrateurs/trices avec elles.

A ce propos, si vous aimez les illustrations, la Fête du Livre de la Jeunesse à Villeurbanne dans deux semaines réunira plusieurs illustrateurs et Lettres à Croquer aura aussi un stand !

104 cours Emile Zola, à Villeurbanne,
M°République

Fête du Livre Jeunesse à Villeurbanne
Les 16 & 17 avril 2011

Lectures d’été

oui, et l’été n’est pas fini mais deux lectures à signaler à mi-chemin de cette belle saison
– « Boomerang » de Tatiana de Rosnay
– « Le cercle littéraire des éplucheurs de patates » de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows

Ils ont tous les deux la particularité de m’avoir plongée dans l’histoire dès la première page et de m’avoir offert un bon moment de divertissement. Merci A.!

Le premier traite d’un secret de famille, d’un jeune quadragénaire en déconstruction/reconstruction, des questions de l’éducation d’ados (ou plutôt de comment gérer au mieux ou au moins pire :))

Le deuxième, c’est une fantaisie épistolaire sur l’île de Guenersey juste après la 2è Guerre Mondiale. C’est frais, parfois profond et les personnages sont très attachants !

‘ Pour écrire un seul vers ‘

Merci à C. de m’avoir fait redécouvrir ce texte magnifique !

 » Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas ( c’était une joie faite pour un autre ), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers. »

Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, Rainer Maria Rilke – Musique : Benjamin Biolay – B.O. du film Clara et moi.

 

 

‘L’homme qui voulait être heureux’ … savoir/apprendre à choisir

Juste fini de le lire. Même si je trouve qu’il reste superficiel dans la façon dont il les aborde, ces messages ont beaucoup résonné.

Un occidental rencontre un sage balinais et sa perception sur la Vie, sur sa vie, s’ouvre, prend une autre dimension.

 » Quand on apprend à aller vers les autres pour leur demander ce dont on a besoin, c’est tout un univers qui s’offre à nous. La vie, c’est s’ouvrir aux autres, pas se refermer sur soi. Tout ce qui permet de se connecter aux autres est positif.  »

 » – On a toujours le choix.

– Non, si je faisais que ce qui est en accord avec moi-même, je risquerai de perdre mon boulot

– Vous avez donc le choix de garder ou perdre cet emploi.

– Mais je prendrais dans ce cas le risque d’en trouver un autre moins bien rémunéré. Je ne pourrais plus payer mon loyer !

– Vous auriez alors le choix de conserver cet appartement ou d’en prendre un moins cher, peut-être plus éloigné de votre travail

– Ma famille et mes amis seraient déçus si je m ‘éloignais

– Alors, vous auriez le choix de les satisfaire ou de les décevoir « 

‘L’homme qui voulait être heureux’  Laurent Gounelle

« Je m’accuse »

« Je m’accuse de complaisance dans le narcissisme
Je m’accuse de séduction maladive
Je m’accuse de gauchisme de Park Avenue
Je m’accuse d’arrivisme et de vénalité
Je m’accuse de jalousie et de frustration
Je m’accuse de feinte sincérité
Je m’accuse de chercher encore à plaire par cette auto-mise en accusation destinée à parer les coups  à venir
Je m’accuse de lucidité à deux vitesses
Je m’accuse d’être allé sur Canal + pour me venger de ne pas être une star
Je m’accuse de paresse orgueilleuse
Je m’accuse d’écrire des autobiographies pudiques
Je m’accuse de n’être pas le Hervé Guibert hétéro
Je m’accuse de sombrer dans la facilité à 9h36
Je m’accuse de ne pas être capable de beaucoup mieux que la facilité
Je m’accuse d’être l’unique responsable de ma neurasthénie
Je m’accuse d’absence totale de courage.
Je m’accuse d’abandon d’enfant.
Je m’accuse de ne rien faire pour changer ce qui ne va pas chez moi.
Je m’accuse d’adorer tout ce que je critique, en particulier l’argent et la notoriété
Je m’accuse de ne pas voir plus loin que le bout de mes deux nez
Je m’accuse d’autosatisfaction déguisée en autodénigrement.
Je m’accuse de ne pas savoir aimer
Je m’accuse de ne chercher que l’approbation des femmes, sans jamais m’intéresser à leurs problèmes
Je m’accuse d’esthétique sans éthique
Je m’accuse de branlette intellectuelle (et physique).
Je m’accuse d’onanisme mental (et physique).
Je m’accuse d’imputer à ma génération des défauts qui me sont propres
Je m’accuse de confondre désamour et superficialité (il n’y a pas de désamour quand on est incapable d’amour)
Je m’accuse de chercher la femme parfaite tout en sachant que la perfection n’existe pas, ceci afin de ne jamais être satisfait et de pouvoir me vautrer dans une confortable plainte geignarde
Je m’accuse de racisme antimoches
Je m’accuse de me foutre de tout sauf de moi
Je m’accuse d’accuser les autres parce que je les envie
Je m’accuse de vouloir le meilleur  mais de me contenter d’un peu
Je m’accuse de n’avoir rien de commun avec la ville de New York si ce n’est l’individualisme et la mégalomanie
Je m’accuse de brûler tous mes vaisseaux , de fuir mon passé, c’est à dire moi-même, et de ne pas avoir d’amis
Je m’accuse de stagnation bruyante  et de paternité malhabile
Je m’accuse d’irresponsabilité chronique, c’est à dire de lâcheté ontologique
Je m’accuse de laver mon linge sale en public depuis 1990
Je m’accuse de ne laisser derrière moi qu’un champ de ruines
Je m’accuse d’être attiré par les ruines ‘qui se ressemble, s’assemble ».
Et maintenant, le verdict :
Je me condamne à la solitude à perpétuité.  »

Frédéric Beigbeder ‘Windows on the World’