Les rennes du Père Noël portent des noms que des millions d’enfants récitent chaque hiver. Leur origine se concentre pourtant sur deux textes seulement, séparés de plus d’un siècle, dont la paternité et les choix linguistiques continuent d’alimenter le débat.
Tableau comparatif des noms de rennes : versions originales et variantes
Les noms des rennes proviennent de deux sources distinctes. Huit d’entre eux apparaissent dans un poème publié en 1823, le neuvième dans un livret commercial de 1939. Le tableau ci-dessous met en regard les versions anglaises, leurs variantes orthographiques documentées et la signification de chaque nom.
| Nom courant (anglais) | Variante(s) attestée(s) | Signification | Source |
|---|---|---|---|
| Dasher | – | Fonceur | Poème de 1823 |
| Dancer | – | Danseur | Poème de 1823 |
| Prancer | – | Caracoleur | Poème de 1823 |
| Vixen | – | Renarde / Fougueuse | Poème de 1823 |
| Comet | – | Comète | Poème de 1823 |
| Cupid | – | Cupidon | Poème de 1823 |
| Donner | Dunder, Donder | Tonnerre (néerlandais/allemand) | Poème de 1823 |
| Blitzen | Blixem, Blixen | Éclair (néerlandais/allemand) | Poème de 1823 |
| Rudolph | – | Gloire du loup (germanique) | Robert L. May, 1939 |
Les six premiers noms sont des mots anglais courants, transparents pour un lecteur anglophone. Les deux derniers, Donner et Blitzen, puisent dans le néerlandais et l’allemand, ce qui crée un décalage linguistique notable au sein de la liste.
Donner ou Dunder : pourquoi l’orthographe des rennes varie encore

La paire Donner/Blitzen concentre l’essentiel des controverses orthographiques. Dans le poème de 1823, publié dans le journal The Sentinel, les noms apparaissent sous les formes Dunder et Blixem, directement empruntées au néerlandais (donder et bliksem signifient tonnerre et éclair).
Au fil des rééditions, ces formes néerlandaises ont glissé vers des graphies germaniques. « Dunder » est devenu « Donder » puis « Donner », tandis que « Blixem » s’est transformé en « Blitzen ». Ce glissement reflète probablement l’influence de l’allemand, plus répandu aux États-Unis au XIXe siècle que le néerlandais.
Les deux formes coexistent encore dans la culture populaire. La chanson « Rudolph the Red-Nosed Reindeer » a popularisé « Donner » et « Blitzen », fixant ces graphies comme standard. En revanche, des éditions annotées du poème original conservent les formes néerlandaises, créant deux traditions parallèles qui persistent depuis deux siècles.
Poème de 1823 : une paternité contestée pour les noms des rennes
Le poème « A Visit from St. Nicholas », également connu sous le titre « The Night Before Christmas », est traditionnellement attribué à Clement Clarke Moore. C’est dans ce texte que les huit rennes reçoivent leurs noms pour la première fois.
Cette attribution fait l’objet de débats parmi les spécialistes de littérature américaine du XIXe siècle. Certains chercheurs estiment que le poème pourrait avoir été écrit par Henry Livingston Jr., un poète new-yorkais d’ascendance néerlandaise, ce qui expliquerait la présence de termes néerlandais comme Dunder et Blixem dans la version originale.
Le texte décrit la visite de Saint-Nicolas sur un traîneau volant tiré par des rennes, une image qui n’existait pas dans la légende européenne de saint Nicolas. En Europe, le personnage voyageait à dos d’âne ou arrivait en bateau. Le poème de 1823 a greffé le renne sur la légende de Noël, en associant un animal polaire à un personnage d’origine méditerranéenne.
Rudolph, le neuvième renne : un ajout commercial devenu légende

Rudolph n’est pas né d’un poème ni d’une tradition orale. En 1939, Robert L. May, rédacteur publicitaire pour la chaîne de magasins Montgomery Ward, crée un livret illustré destiné à être offert aux enfants pendant les fêtes. Le personnage du renne au nez rouge y apparaît pour la première fois.
Le choix de May reposait sur une logique narrative précise. Il cherchait un personnage marginal, rejeté par ses pairs, qui finit par triompher grâce à sa différence. Le nez rouge lumineux de Rudolph remplissait cette fonction : un défaut apparent devenu atout décisif pour guider le traîneau par temps de brouillard.
Le livret a connu un tel succès que le beau-frère de May, Johnny Marks, en a tiré la chanson « Rudolph the Red-Nosed Reindeer » quelques années plus tard. Plusieurs faits récents éclairent le statut juridique du personnage :
- Le texte original de Robert L. May est désormais entré dans le domaine public, la durée de protection ayant expiré en 2024
- Des rééditions intégrales du livret de 1939 peuvent désormais être publiées sans licence
- Des droits de marque sur le nom « Rudolph » subsistent pour certains usages commerciaux, indépendamment du droit d’auteur
Rennes mâles ou femelles : ce que les bois révèlent
En 2017, le scientifique américain Mike Szydlowski a publié un message sur les réseaux sociaux pointant un détail zoologique que la légende ignore. Les rennes mâles perdent leurs bois en hiver, tandis que les femelles conservent les leurs jusqu’à la fin de la saison froide.
Les représentations traditionnelles montrent les rennes du Père Noël avec des bois imposants en plein mois de décembre. Si l’on applique la biologie du renne à la fiction, les huit (ou neuf) compagnons du traîneau seraient donc tous des femelles.
Ce constat ne modifie pas la légende, mais il ajoute une couche de lecture inattendue. Des noms comme Vixen (renarde) ou Dancer prendraient un sens différent appliqués à des femelles, tandis que Donner (tonnerre) et Blitzen (éclair) garderaient leur charge symbolique quel que soit le sexe de l’animal.
Les noms des rennes du Père Noël se résument à deux actes fondateurs : un poème de 1823 qui pose huit noms (dont deux d’origine néerlandaise encore orthographiés de façon variable) et un livret publicitaire de 1939 qui ajoute Rudolph. Neuf noms, deux textes, deux siècles d’écart, et une légende qui continue de s’enrichir à mesure que la biologie et le droit viennent interroger la fiction.

