Femme adulte et adolescente assises dans un salon

Traumatisme intergénérationnel : comment reconnaître les signes ?

26 janvier 2026

Certains traumatismes ne s’annoncent pas à grands cris. Ils avancent masqués, changeant le destin de familles entières sans jamais être nommés. Les symptômes surgissent, sans raison apparente, perturbant des existences bien après que les faits se sont tus.

Traumatisme intergénérationnel : comprendre l’héritage invisible des familles

Derrière les mots traumatisme intergénérationnel ou traumatisme transgénérationnel se cachent des parcours, des arbres généalogiques habités par des blessures qui ne trouvent pas de mots. En France, des spécialistes comme Bruno Clavier et Hélène Dellucci s’attachent à mettre en lumière ce phénomène silencieux : la transmission, d’une génération à l’autre, de souffrances qui se glissent dans la vie de famille, parfois sans qu’on en ait conscience. Les liens entre parents et descendants se tissent parfois sur un fil invisible, résidu d’événements anciens.

Des « fantômes familiaux » à l’œuvre

Certains foyers gardent la marque d’événements passés : conflits, déracinements, pertes précoces ou sujets douloureux jamais abordés. Ces fantômes familiaux traversent les âges, se manifestant dans des comportements ou des peurs sans origine évidente. Le traumatisme transgénérationnel ne se limite pas à ce que l’on sait ou à ce dont on se souvient. Il s’imprime dans le non-dit, dans ce que la famille tait ou raconte à demi-mot.

Voici quelques exemples concrets de cette transmission silencieuse :

  • Des enfants vivent avec une angoisse persistante, sans parvenir à en trouver la source.
  • Des adultes reproduisent des schémas relationnels qui semblent venir d’un passé lointain.
  • Des familles esquivent certains sujets, comme si le poids du passé influençait encore le présent.

Le trauma transgénérationnel s’infiltre à travers les silences, les gestes, une méfiance diffuse ou une tristesse sourde. L’histoire familiale façonne un terreau fertile pour l’apparition de troubles, parfois camouflés derrière une façade ordinaire. Les recherches menées par Bruno Clavier et Hélène Dellucci rappellent l’importance de regarder l’arbre généalogique avec lucidité pour saisir comment les traumatismes traversent les générations et composent cet héritage discret qui relie parents, enfants et petits-enfants.

Quels mécanismes favorisent la transmission des blessures émotionnelles à travers les générations ?

Évoquer la transmission transgénérationnelle, c’est lever le voile sur des processus complexes, qui opèrent souvent en silence. La famille, en première ligne, tisse des liens faits de ressentis, de secrets, de silences lourds. Les secrets familiaux, jalousement gardés, s’insèrent dans la trame du récit familial et modèlent à leur façon les attitudes des parents et des enfants.

Plusieurs pistes émergent dans la littérature scientifique. L’épigénétique, notamment, attire l’attention : certains traumatismes laissent leur empreinte sur l’expression des gènes, influençant la biologie des descendants. Ces marques, invisibles à l’œil nu, se retrouvent chez ceux qui n’ont pas connu les événements douloureux, mais en portent la trace corporelle. Les dernières recherches sur le stress post-traumatique illustrent bien ce phénomène.

D’autres mécanismes passent par l’imitation : les neurones miroirs permettent aux enfants de capter, sans les comprendre, les réactions anxieuses ou les stratégies d’évitement de leurs parents. Même avant la naissance, l’environnement utérin, s’il est imprégné de stress ou d’inquiétude maternelle, peut influencer le développement émotionnel de l’enfant à venir.

Voici ce que la recherche met en avant concernant les canaux de transmission :

  • La transmission des traumatismes s’effectue autant à travers la parole que le silence.
  • Les comportements parentaux, façonnés par l’histoire familiale, deviennent un legs parfois encombrant.

La transmission transgénérationnelle ne se résume pas à une question de biologie. Elle naît d’un ensemble de facteurs psychiques, sociaux, parfois physiologiques. Le trauma se glisse dans les attitudes, les gestes, les interdits, voire dans la posture corporelle : autant d’indices ténus du passage des traumatismes à travers les générations.

Reconnaître les signes : comment déceler l’impact du trauma intergénérationnel dans sa vie quotidienne

Repérer les effets du traumatisme transgénérationnel nécessite de l’attention et une écoute attentive de ce qui se manifeste au quotidien. L’apparition répétée de symptômes difficiles à expliquer comme l’anxiété chronique, les phobies ou des crises de panique invite à interroger le passé familial. Les praticiens, à l’image de Bruno Clavier et Hélène Dellucci, considèrent ces signes comme des traces d’une mémoire familiale blessée.

On observe parfois chez les descendants des troubles du sommeil, une tristesse qui s’installe, ou des réactions démesurées devant des situations anodines. Ces comportements ne s’expliquent pas toujours par le vécu direct de la personne. Parfois, la dépression ou le stress post-traumatique se manifestent sans que l’on puisse relier ces états à un événement personnel. Les secrets de famille et les zones d’ombre creusent leur sillon dans la vie relationnelle.

Quelques signes typiques peuvent alerter :

  • Un sentiment de décalage devant certaines émotions
  • La répétition de schémas relationnels douloureux
  • Des blocages dans l’affirmation de soi ou dans la construction de projets

Explorer l’arbre généalogique, revisiter la mémoire familiale, permet de mettre en lien ces manifestations avec les traumatismes vécus par les générations précédentes. La notion d’hérédité affective prend alors tout son relief, interrogeant à la fois l’individu et le collectif. Il faut rester attentif à ces signaux, car ils se confondent parfois avec des troubles psychiques plus répandus. Soyez vigilant à la présence de symptômes post-traumatiques chez les enfants ou les adultes, surtout lorsque des chapitres douloureux ou cachés jalonnent l’histoire familiale.

Pere et fils se tenant la main dans un parc en automne

Des pistes pour sortir des schémas familiaux répétitifs et amorcer un chemin de guérison

On ne se libère pas du traumatisme intergénérationnel d’un simple coup de baguette. Ce processus s’établit pas à pas, souvent à travers un travail sur soi exigeant, fait d’écoute et de courage. L’arbre généalogique devient alors un outil précieux : en comprenant les traumatismes transmis à travers les générations et en levant le voile sur les secrets familiaux, il devient possible de casser les cycles invisibles qui se perpétuent.

La psychogénéalogie et la psychanalyse transgénérationnelle, promues notamment par Bruno Clavier et Hélène Dellucci, offrent des méthodes pour mettre à jour ces transmissions cachées. Certains optent pour l’EMDR, une approche thérapeutique reconnue pour son efficacité sur les traumatismes anciens ; d’autres préfèrent la parole, le récit, le partage d’expériences. Toutes ces démarches visent à rompre la chaîne, à sortir du répétitif pour inventer une histoire familiale différente.

Voici quelques voies concrètes pour avancer :

  • Ouvrir le dialogue sur les récits familiaux, sans faux-semblant
  • Consulter un professionnel formé à la question transgénérationnelle
  • Favoriser la résilience collective par des échanges entre générations

La guérison familiale se construit à travers ces démarches, aussi progressives soient-elles. Les recherches en épigénétique montrent même que la transmission peut évoluer lorsque les descendants parviennent à nommer et transformer ces héritages silencieux. À chacun de trouver le chemin qui adoucit, relie, éclaire. Et si, au fond, la réparation des lignées commençait par cette poignée de mots qui fait tomber le silence ?

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