Océanographe analysant des cartes bathymétriques et modèles de propagation de tsunami sur une table numérique dans un centre de recherche côtier

Le plus grand tsunamie du monde décrypté avec des cartes et schémas

20 juillet 2026

Le plus grand tsunami du monde documenté par des instruments a atteint une hauteur de run-up de 525 mètres dans la baie Lituya, en Alaska, le 9 juillet 1958. Ce chiffre ne désigne pas la hauteur d’une vague en plein océan, mais la trace maximale laissée par l’eau sur les versants du fjord après un glissement de terrain massif. Comprendre ce type d’événement exige de distinguer plusieurs mécanismes physiques, souvent confondus dans les récits grand public.

Mégatsunami et tsunami classique : deux phénomènes distincts

Un tsunami classique naît d’un déplacement vertical du plancher océanique, généralement provoqué par un séisme sous-marin. L’énergie se propage alors sous forme d’ondes longues, parfois sur des milliers de kilomètres, avec des hauteurs de vague modérées en pleine mer (souvent moins d’un mètre) mais une amplification brutale à l’approche des côtes.

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Un mégatsunami fonctionne autrement. Il résulte d’un déplacement soudain d’un volume colossal de matière (roche, glace, sédiments) dans un plan d’eau confiné. L’énergie n’est pas répartie sur un front d’onde de plusieurs centaines de kilomètres : elle se concentre dans un espace restreint, ce qui produit des hauteurs de run-up incomparables avec celles d’un tsunami tectonique.

La baie Lituya illustre parfaitement cette mécanique. Le fjord mesure à peine quelques kilomètres de large. Quand un pan de montagne s’est effondré dans l’eau, la vague n’avait nulle part où dissiper son énergie. Elle a grimpé sur le versant opposé jusqu’à 525 mètres d’altitude, arrachant la végétation sur son passage.

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Baie Lituya 1958 : la chaîne d’événements du plus grand tsunami enregistré

Le 9 juillet 1958, un séisme de magnitude 8,3 frappe la faille de Fairweather, en Alaska. La secousse déstabilise un versant rocheux surplombant la baie Lituya. Un volume massif de roche se détache et plonge dans le bras nord-est du fjord.

L’impact projette l’eau vers le versant opposé. La trace de submersion, mesurée après coup à 525 mètres au-dessus du niveau de la mer, reste à ce jour le run-up le plus élevé jamais documenté pour un tsunami. La zone dévastée était clairement visible sur les photographies aériennes prises dans les semaines suivantes : une bande de forêt rasée, nette comme une ligne tracée au cordeau.

L’événement n’a fait que deux victimes, un couple de pêcheurs dont le bateau a été englouti. Un autre bateau, ancré dans la baie, a été soulevé par la vague, porté par-dessus la langue de terre qui ferme le fjord, puis redéposé en mer. Ses occupants ont survécu.

Pourquoi le run-up ne correspond pas à la hauteur de vague

Le run-up désigne l’altitude maximale atteinte par l’eau sur un relief. Il dépend de la topographie locale, de la pente du versant, de la vitesse de la masse d’eau. Une vague de quelques dizaines de mètres de hauteur initiale peut produire un run-up de plusieurs centaines de mètres si elle frappe un versant raide dans un espace confiné.

Confondre run-up et hauteur de vague conduit à imaginer un mur d’eau de 525 mètres se dressant verticalement. La réalité physique est différente : c’est une masse d’eau projetée à grande vitesse qui déferle sur une pente, portée par son élan cinétique.

Mégatsunamis récents : Tracy Arm 2025 et Groenland 2023

Le record de Lituya a longtemps semblé isolé. Deux événements récents montrent que ce type de phénomène se produit plus fréquemment qu’on ne le pensait, notamment dans les régions arctiques et subarctiques où le recul des glaciers déstabilise les versants rocheux.

Le 10 août 2025, un glissement de terrain dans le fjord Tracy Arm (sud-est de l’Alaska, à environ 45 milles de Juneau) a généré un mégatsunami dont les traces de submersion atteignent 481 mètres. Le volume de roche détaché est estimé à 65 millions de mètres cubes, soit environ 24 fois le volume de la pyramide de Khéops. Aucune victime n’a été recensée, l’événement s’étant produit à l’aube dans une zone isolée.

Professeur expliquant le mécanisme de génération d'un tsunami par subduction tectonique devant un schéma projeté dans un amphithéâtre universitaire

Le 16 septembre 2023, un glissement de terrain au Groenland a déclenché un mégatsunami dépassant 200 mètres de run-up dans un fjord étroit (fjord de Dickson). Ce qui distingue cet événement, c’est la formation d’une onde stationnaire qui a oscillé pendant plus d’une semaine à l’intérieur du fjord, un phénomène comparable à l’eau qui rebondit d’un bord à l’autre d’une baignoire.

Ce que ces événements révèlent sur les fjords et le changement climatique

Ces trois mégatsunamis partagent un contexte géomorphologique commun :

  • Un fjord étroit qui confine l’énergie de la vague et amplifie le run-up, là où la même masse de roche tombant en plein océan produirait un effet bien moindre.
  • Un versant rocheux déstabilisé par le retrait glaciaire. La glace qui maintenait la roche en place depuis des millénaires fond, exposant des parois instables.
  • Des volumes de roche considérables qui chutent d’une hauteur importante, convertissant l’énergie potentielle gravitaire en énergie cinétique transmise à l’eau.

Les chercheurs ayant étudié l’événement de Tracy Arm soulignent que ce type de glissement aurait pu avoir des conséquences graves dans un fjord plus fréquenté, notamment par des navires de croisière.

Lire une carte de run-up : ce que les schémas montrent vraiment

Sur les cartes publiées après ces événements, la zone de submersion est généralement représentée par un périmètre coloré indiquant l’altitude maximale atteinte par l’eau. À Lituya Bay, les photographies aériennes montrent une frontière nette entre la forêt intacte et la zone dénudée. Cette ligne correspond au run-up de 525 mètres mesuré sur le terrain.

Les schémas en coupe transversale sont plus parlants qu’une vue aérienne. Ils permettent de visualiser la trajectoire de l’eau : la chute de la roche dans le fjord, la projection de l’eau sur le versant opposé, puis le reflux. On comprend alors que le mégatsunami n’est pas une vague au sens océanographique du terme, mais un déplacement brutal de toute la masse d’eau contenue dans un bassin fermé.

Les photos annotées avant/après le glissement du Groenland en 2023 illustrent un autre aspect : la cicatrice laissée par l’arrachement de la roche sur le versant source. La future zone d’éboulement était déjà visible sur les images satellites antérieures, ce qui ouvre la question de la détection préventive de ces instabilités.

Le plus grand tsunami du monde n’est donc pas un événement unique et révolu. La baie Lituya, Tracy Arm et le fjord de Dickson dessinent un même schéma physique : roche instable, eau confinée, énergie concentrée. Avec l’accélération du retrait glaciaire dans les hautes latitudes, les conditions favorables aux mégatsunamis se multiplient dans des fjords autrefois stabilisés par la glace.

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